Créer un agent IA : les six décisions qui comptent avant le code
Le modèle n'est pas la partie difficile. Périmètre, source de vérité, droits, critère de réussite, reprise humaine, journal : les six décisions qui tiennent un agent au-delà du troisième mois.
Par Romain Bailleul · · · 7 min · IA
En une phrase. Créer un agent IA consiste à confier à un modèle de langage un objectif, une liste d'outils qu'il peut appeler, et une règle d'arrêt, puis à vérifier ce qu'il produit avant qu'il ne touche quoi que ce soit de réel.
La recherche « créer un agent IA » a quadruplé en un an en France. Les réponses qu'on y trouve décrivent presque toutes la même séquence : on ouvre une plateforme, on branche quatre connecteurs, la démonstration tourne. Ce n'est pas la partie difficile. La partie difficile tient dans six décisions qui se prennent avant d'ouvrir un éditeur, et qui déterminent si l'agent passera son troisième mois.
Agent ou enchaînement : la distinction qui change la construction
Anthropic, dans sa note d'ingénierie sur les agents efficaces, sépare deux objets qu'on confond constamment. Un enchaînement, c'est une suite d'appels au modèle dont vous avez écrit l'ordre à l'avance. Un agent, c'est un modèle qui décide lui-même de la suite des étapes et des outils qu'il appelle, jusqu'à ce qu'il juge l'objectif atteint. La recommandation qui accompagne cette distinction mérite d'être retenue : chercher la solution la plus simple qui règle le problème, et ne passer à l'agent que si l'enchaînement ne suffit plus.
La conséquence est financière. Un enchaînement est prévisible, donc testable et chiffrable. Un agent est variable par construction : deux demandes identiques peuvent emprunter des chemins différents et consommer deux fois plus l'une que l'autre. Beaucoup de projets qui dérapent ont commencé par choisir l'agent là où trois appels écrits à la main auraient tenu. La définition d'un agent IA mérite d'être posée avant d'engager un budget.
Décision 1 : le périmètre, une tâche nommée
Un agent utile se décrit en une phrase qui contient un verbe et un objet : trier les demandes entrantes du formulaire de contact, préparer le brouillon de réponse aux appels d'offres, rapprocher les factures fournisseurs des bons de commande. Dès que la phrase contient deux fois « et », vous avez deux agents, ou plutôt un seul qui échouera sur les deux fronts. Le premier périmètre se choisit sur une tâche dont vous connaissez le volume mensuel et le temps unitaire, parce que c'est ce couple qui autorise à parler de retour sur investissement.
Décision 2 : la source de vérité
Un agent ne sait rien de votre entreprise. Il faut lui désigner où il lit l'information : un dossier de documents, une base, un logiciel métier interrogé par son interface de programmation. Cette décision pèse plus lourd qu'elle en a l'air, parce qu'elle expose l'état réel de vos données. Si deux tableurs se contredisent sur les tarifs, l'agent choisira l'un des deux et répondra avec aplomb. La préparation des données n'est pas un préalable technique qu'on expédie, c'est souvent la moitié du chantier.
Décision 3 : les droits, avant les outils
Un agent hérite des droits du compte avec lequel on le branche. Branché sur un compte administrateur, il lit tout, y compris les dossiers de ressources humaines qu'aucun de ses utilisateurs n'a le droit de consulter. La règle se pose en premier : un compte de service dédié, les droits minimaux nécessaires à la tâche nommée en décision 1, et une revue de ces droits à chaque ajout d'outil. C'est le raisonnement qui structure la gouvernance de l'IA en entreprise.
Décision 4 : le critère de réussite, écrit
« Ça marche » n'est pas un critère. Un critère s'écrit avant la construction et il se mesure : sur cent demandes, l'agent en classe correctement quatre-vingt-dix, et les dix autres partent vers un humain sans dégât. Cette écriture produit mécaniquement un jeu d'essai, c'est-à-dire une liste de cas réels dont la bonne réponse est connue. Sans jeu d'essai, vous ne saurez jamais si une modification du prompt améliore l'agent ou le dégrade, et vous passerez vos journées à réagir à des impressions.
Décision 5 : le point de reprise humain
La question n'est pas si l'agent se trompera, mais ce qui arrive quand il se trompe. Trois réglages couvrent presque tous les cas : l'agent propose et un humain valide avant l'envoi, l'agent agit seul sous un seuil de montant ou de risque et escalade au-dessus, l'agent agit seul et un contrôle par échantillon tourne chaque semaine. Un premier agent démarre presque toujours en proposition, et gagne son autonomie avec ses chiffres.
Décision 6 : le journal
Un agent sans journal est un agent qu'on ne peut ni corriger ni défendre. Il faut enregistrer, pour chaque exécution, la demande, les outils appelés, les documents lus, la réponse produite, et la décision humaine qui a suivi. Ce journal sert trois fois : pour corriger, pour mesurer, et pour répondre à un client ou à une autorité qui demande comment la décision a été prise.
Les trois voies de construction
| Voie | Ce qu'elle apporte | Sa limite |
|---|---|---|
| Plateforme visuelle d'automatisation | Un agent branché sur vos outils en quelques jours, modifiable par une personne non développeuse | La facturation se compte en opérations, et un agent en consomme plusieurs par demande |
| Cadre de développement d'agents | Le contrôle de la boucle, des outils et du coût par appel | Il faut une compétence de développement et un environnement d'exécution à tenir |
| Développement sur mesure | L'intégration fine au logiciel métier, les droits au plus juste | Le délai et le budget les plus élevés des trois |
Aucune des trois n'est la bonne réponse générale. Le choix se déduit de la décision 2 : plus la source de vérité est enfouie dans un logiciel ancien, plus on glisse vers la troisième voie. Les cas d'usage que les entreprises déploient vraiment donnent une idée du niveau d'intégration réellement nécessaire, souvent plus bas qu'anticipé.
Ce que le règlement impose dès la conception
Le règlement européen 2024/1689 est applicable depuis le 2 août 2026, date générale fixée par son article 113. Deux points concernent directement la construction d'un agent. Son article 50 impose au fournisseur d'un système destiné à interagir directement avec des personnes physiques de le concevoir de sorte que ces personnes soient informées qu'elles s'adressent à une intelligence artificielle, sauf si cela ressort clairement des circonstances pour une personne normalement informée et raisonnablement attentive. Son article 3 donne la définition juridique du système d'IA, celle qui décide si votre agent entre dans le champ du texte.
Le calendrier a bougé. Le règlement 2026/1744, publié au Journal officiel de l'Union le 24 juillet 2026, a modifié plusieurs points de l'article 113 : les obligations qui pèsent sur les systèmes à haut risque sont désormais échelonnées au 2 décembre 2027 pour les systèmes de l'annexe III et au 2 août 2028 pour ceux de l'annexe I. L'obligation de transparence de l'article 50, elle, s'applique déjà. Ce qui concerne précisément une PME est traité dans l'IA Act appliqué à une PME.
Par où commencer
Les six décisions se prennent en une demi-journée, avec les personnes qui font la tâche et pas avec le service informatique seul. Elles produisent un document d'une page : la tâche, la source, les droits, le critère, la reprise, le journal. Ce document sépare un agent qui tient d'une démonstration qui impressionne. C'est aussi le livrable de départ d'un audit IA, et la base d'un déploiement d'agents IA en entreprise.
Questions fréquentes
Faut-il savoir coder pour créer un agent IA ?
Non pour un premier agent sur une plateforme visuelle d'automatisation, oui dès qu'il faut maîtriser le coût par appel, les droits au plus juste ou l'intégration à un logiciel métier ancien. La compétence qui manque le plus souvent n'est pas le code, c'est l'écriture du critère de réussite et la constitution du jeu d'essai.
Combien de temps pour un premier agent en production ?
Deux à trois semaines quand la tâche est nommée, que la source de vérité est accessible et que le critère de réussite est écrit. Les délais qui dérapent viennent presque toujours de la préparation des données, pas de la construction de l'agent.
Quelle différence entre un agent IA et une automatisation classique ?
Une automatisation suit un chemin que vous avez écrit. Un agent choisit son chemin à chaque exécution. L'automatisation est prévisible donc chiffrable, l'agent est variable donc à encadrer par un critère écrit, un point de reprise humain et un journal.
Comment chiffrer le coût d'un agent IA ?
Trois postes se cumulent : la construction, l'exploitation mensuelle de la plateforme ou de l'hébergement, et la consommation du modèle, facturée au volume de texte traité. Le troisième poste dépend du nombre d'étapes que l'agent emprunte, ce qui rend le jeu d'essai utile aussi pour la prévision budgétaire.
Faut-il prévenir les utilisateurs qu'ils parlent à un agent ?
Oui dès que le système est destiné à interagir directement avec des personnes physiques. L'article 50 du règlement européen 2024/1689, applicable depuis le 2 août 2026, impose de concevoir le système pour que ces personnes en soient informées, sauf si cela ressort clairement des circonstances.
Sources
Mots-clés
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- IA agentique
- IA Act
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